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Tendances: Chacun son robot


Version JPG avec photos: Chacun son robot page 1 et page 2

Un orchestre de robots jouant de la trompette, un robot ambulant Asimo, un chien high-tech Aibo qui frétille joyeusement de la queue : au Japon, les robots humanoïdes et ménagers représentent un marché important. En Belgique, les chercheurs ne chôment pas non plus. Avec le robot Lucy, des scientifiques de la VUB ont récemment présenté une innovation intéressante.

Un robot intelligent qui se charge de tâches domestiques peu enthousiasmantes, telles la vaisselle et la tonte du gazon : de quoi rêver... Pourtant, la réalité précédera peut-être un jour les rêves les plus fous. Honda et Sony mettent tout en £uvre dans ce but, et nombre de scientifiques apportent leur contribution.

Des chercheurs bruxellois de la VUB ont mis au point Lucy, un robot qui se déplace grâce à des muscles pneumatiques artificiels (GPAS) développés en laboratoire. Rien de neuf sous le soleil, pensez-vous, puisque nous avons déjà eu droit au chien robot Aibo et au robot humanoïde Asimo (Honda). Sony a présenté, l'an passé encore, un robot ambulant, le QRIO. Quel est donc l'apport novateur de Lucy ?

«Si des robots comme Aibo et Asimo sont des échantillons de la technologie de pointe contemporaine, ils ne sont pas réellement utiles dans la vie quotidienne, explique le professeur Dirk Lefeber. Leur valeur est essentiellement celle d'un objet de distraction. En outre, la majeure partie de leurs mouvements sont préprogrammés. Ils ne disposent donc pas de l'intelligence nécessaire pour exécuter des tâches de façon intelligente et flexible.»

Lucy, par contre, est capable d'accomplir un mouvement de pas à l'aide de muscles pneumatiques dont la souplesse est réglable. «Ce qui n'est pas évident, car marcher est un mouvement très complexe au cours duquel il faut toujours garder l'équilibre, reprend le scientifique. Lorsqu'il s'agit de pas commandés électriquement, les moteurs doivent à chaque pas absorber un choc important, ce qu'ils supportent mal. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux Etats-Unis, a trouvé une solution à ce problème, même si, dans le robot en question, la souplesse n'est pas réglable. Elle l'est chez Lucy.»

Du muscle au soufflant

Chez Lucy, les muscles sont imités au moyen de légers soufflets qui acquièrent une force de traction quand ils se gonflent. Les soufflets convertissent l'air amené, en force et mouvement. La «force musculaire» des soufflets est impressionnante : avec la pression de l'air d'un pneu de vélo ordinaire, on peut déjà soulever une 2 CV. Ce n'est pas sans raison que le projet a été sous-titré Muscles from Brussels , avec un petit clin d'£il à Jean-Claude Van Damme. Lucy affiche 12 muscles pneumatiques actionnant six articulations. La dame ne peut cependant se mouvoir que dans un seul plan : en avant et en arrière.

Pour le docteur Frank Daerden, également impliqué dans le projet, «la manière souple dont Lucy bouge constitue un développement important pour les futurs robots. Avec un contrôleur de trajet, on pourra régler la souplesse des muscles afin que Lucy suive le trajet préalablement fixé d'une manière aussi naturelle que possible. Par ailleurs, nous appliquons des méthodes similaires dans le développement d'un bras robot avec lequel l'utilisateur peut interagir directement. Le contact avec le robot ressemble à une poignée de mains, ici encore grâce à cette souplesse.»

La construction de Lucy a pris trois ans. Le groupe de la VUB s'intéresse depuis longtemps aux robots humanoïdes. «Nous avons entamé nos recherches pour réaliser des robots ambulants voici 10 ans. Au début, nous avons songé à un robot sautant à une patte et équipé de moteurs électriques, mais ce projet n'a pas abouti. C'est par ce biais que nous en sommes arrivés à la conception de muscles artificiels. Le travail de recherche en vue de réaliser des robots ambulants progresse lentement. Jusqu'à présent, les robots peuvent uniquement se déplacer sur une surface horizontale plane, avec éventuellement quelques obstacles préprogrammés. Un projet qui viserait à faire circuler un robot sur une plage serait cependant voué à l'échec. Il y a donc du pain sur la planche.»

Malgré le travail assidu de groupes de recherche scientifique, l'Europe et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis sont à la traîne du Japon dans le domaine de la robotique humanoïde. «La grande différence se situe en matière de moyens financiers, assure Dirk Lefeber. Tant les pouvoirs publics japonais que diverses entreprises nipponnes investissent massivement, par exemple dans le prestigieux Humanoids Robotics Project dans le cadre duquel un HRP-2 a été réalisé. Ce robot de taille humaine est doté d'un système visuel en trois dimensions, d'une technologie vocale et auditive. Ce projet a bénéficié d'un budget dont les chercheurs belges doivent se contenter de rêver. En Belgique, nous sommes assis entre deux chaises : pour les entreprises, nous nous occupons trop de recherche fondamentale et, pour les fonds scientifiques, nous assurons trop peu de recherche fondamentale. Des applications commerciales et industrielles du savoir-faire lié à Lucy sont possibles, mais nous n'avons pas encore reçu de propositions. La Belgique n'a qu'une industrie robotique limitée. Une entreprise comme Philips hésite à se lancer dans ce créneau : devons-nous prendre le train de la robotique ?, se demande-t-on à Eindhoven.»

Entre-temps, au Japon, les fabricants ne tergiversent pas. A l'exposition mondiale d'Aichi, Toyota présentera cette année un orchestre comportant des Partner Robots jouant de la trompette. Pourtant, des robots utiles dans la vie quotidienne se font encore attendre.

De l'aide pour les invalides

On prévoit que les robots acquerront dans l'avenir une place plus importante dans notre société. Si, actuellement, la plupart d'entre eux ne sortent pas du cadre des entreprises d'assemblage et des halls d'usine, les robots mobiles suscitent de plus en plus d'intérêt tant de la part des chercheurs que des entreprises du divertissement.

«Pour fournir une véritable assistance personnelle, les robots doivent marcher de façon sûre, prolonge Dirk Lefeber. C'est pourquoi Lucy est importante. Une souplesse réglable peut être utilisée pour une interaction sécurisée entre l'homme et le robot. Nous entrevoyons d'autres possibilités : des membres artificiels et des prothèses actives intelligentes. Avec cette technologie, on aidera des patients à sortir de la chaise roulante, à se redresser et à réaliser un nombre limité de pas... C'est l'une des raisons pour lesquelles je me suis intéressé aux robots ambulants : un ancien professeur s'était retrouvé dans un fauteuil roulant. Je me suis demandé si nous ne pouvions rien faire pour ce type de patient et pour les handicapés en général. Grâce à ce savoir-faire, cela devient possible.»

Par Dominique Soenens




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